28 avril 2011

Propos sur le bonheur

XCIII
Il faut jurer
Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. Tout homme qui se laisse aller est triste, mais c’est trop peu dire, bientôt irrité et furieux. Comme on voit que les jeux des enfants, s’ils sont sans règle, tournent à la bataille ; et sans autre cause ici que cette force désordonnée qui se mord elle-même. Dans le fond, il n’y a point de bonne humeur ; mais l’humeur, à parler exactement, est toujours mauvaise, et tout bonheur est de volonté et gouvernement. Dans tous les cas le raisonnement est serf. L’humeur compose des systèmes étonnants que l’on voit grossis chez les fous ; il y a toujours de la vraisemblance et de l’éloquence dans les discours d’un malheureux qui se croit persécuté. L’éloquence optimiste est du genre calmant ; elle modère ; c’est le ton qui fait preuve, et les paroles importent moins que la chanson. Ce grondement de chien, que l’on entend toujours dans l’humeur, est ce qu’il faut changer premièrement ; car c’est un mal certain en nous, et qui produit toutes sortes de maux hors de nous. C’est pourquoi la politesse est une bonne règle de politique ; ces deux mots sont parents ; qui est poli est politique.
L’insomnie là-dessus nous enseigne ; et chacun connaît cet état singulier, qui ferait croire que l’existence est par elle-même insupportable. Ici il faut regarder de près. Le gouvernement de soi fait partie de l’existence ; mieux, il la compose et l’assure. D’abord par l’action. La rêverie d’un homme qui scie du bois tourne aisément à bien. Quand la meute est en quête, ce n’est pas alors que les chiens se battent. Le premier remède aux maux de pensée est donc de scier du bois. Mais la pensée bien éveillée est déjà apaisante par elle-même ; en choisissant elle écarte. Or, voici le mal de l’insomnie ; c’est que l’on veut dormir et que l’on se commande à soi-même de ne point remuer et de ne point choisir. En cette absence du gouvernement, aussitôt les mouvements et les idées ensemble suivent un cours mécanique ; les chiens se battent. Tout mouvement est convulsif et toute idée est piquante. On doute alors du meilleur des amis ; tous les signes sont mal pris ; on se voit soi-même ridicule et sot. Ces apparences sont bien fortes, et ce n’est point l’heure de scier du bois.
On voit très bien par là que l’optimisme veut un serment. Quelque étrange que cela paraisse d’abord, il faut jurer d’être heureux. Il faut que le fouet du maître arrête tous ces hurlements de chiens. Enfin, par précaution, toute pensée triste doit être réputée trompeuse. Il le faut, parce que nous faisons du malheur naturellement dès que nous ne faisons rien. L’ennui le prouve. Mais ce qui fait voir le mieux que nos idées ne sont pas en elles-mêmes piquantes, et que c’est notre propre agitation qui nous irrite, c’est l’état heureux de somnolence où tout est relâché dans le corps ; cela ne dure pas ; quand le sommeil s’annonce ainsi, il n’est pas loin. L’art de dormir, qui peut ici aider la nature, consiste principalement à ne vouloir point penser à demi. Ou bien s’y mettre tout, ou bien ne pas du tout s’y mettre, par l’expérience que les pensées non gouvernées sont toutes fausses. Cet énergique jugement les rabaisse toutes au rang des songes, et prépare ces heureux songes qui n’ont point d’épines. Au rebours la clef des songes donne importance à tout. C’est la clef du malheur.

29 septembre 1923
Source : Alain, Propos sur le bonheur, Paris, Gallimard, 1928.

La liberté naît de la maîtrise de soi et de ses passions. Il est faux de penser que la quiétude et l’inquiétude sont des dispositions naturelles chez un individu, car la première dépend d’un effort de volonté. Le bonheur dépend de nous, et il faut d’abord le vouloir : cette proposition perd le caractère d’un truisme ou d’un paradoxe contestable pour devenir la formule même de l’impératif moral.



23 avril 2011

Ce soir j'écris.

Nul besoin d'un thème ou d'une idée précise pour que mes mots effleurent ce bout de papier. Ce soir; c'est décidé, j'écris. 

A vrai dire, il n'y' a que des effluents de mots et de pensées qui déambulent au fond de mon esprit. & Au plus profond de moi-même, je sais que ce ne sont qu'une espèce de polluant, rien d'assez lucide à exhiber.

J'ai perdu mon ordinateur portable, je ne l'ai pas vraiment perdu c'est juste qu'il ne s'allume plus, et vu que le pessimisme ne fait que m'attirer vers lui ces derniers temps, c'est pour ainsi dire que j'ai vraiment tout perdu. De plus, je suis sur un clavier "azerty" qui m'irrite jusqu'à la dernière veine de mon corps. 
Je n'aime plus le temps qu'il fait, on dirait que Dieu su à quel point mon esprit est profondément troublé qu'Il a décidé de m'envoyer une semaine nuageuse, grise et sans âme pour accompagner le tout.

C'est drôle. 

C'est drôle comment le simple fait d'écouter à la radio : "Aujourd'hui le ciel est bleu, le soleil est à l'affiche, la matinée s'annonce bien!" peut être bénéfique pour nos esprits. 
C'est drôle comment des fois tu te sens dans la mauvaise place, entourée des mauvaises personnes, née dans le mauvais moment et dans un monde tout différent.
C'est drôle comment la vie peut manifester sa double face subitement, au moment où on s'y attendait le moins.

Oui c'est drôle.

Cela doit être choquant de remarquer l'absence des mots à fleur bleue sur un de mes articles, mais croyez-moi cela est encore plus inconvenant de constater l'absence, ou pire, l'inexistence d'une vie. 

J'ai décidé d'écrire, certes. Mais ça ne m'a mener nul part. Je bloque. Je m'arrête. Point.

P.S: Ceci est le préambule d'un texte qui ne viendra plus.
R.A

10 avril 2011

Qui parle quand on dit « je » ?

La question est remarquable par sa brièveté, elle est aussi extrêmement ouverte. Elle mêlera plusieurs sujets dont j'ai l'habitude de discuter. Qui parle quand on dit « je » ? On serait pourtant tenté de répondre brièvement « moi » ! Mais ce n’est pas cette évidence dont je m'attend, mais plutôt de creuser la question de l’être du moi.
J'ai toujours songé à l'existence de mon moi, à ce ''je'' utilisé fréquemment, mais dont je ne connais que piètres choses. Mon être s'est finalement rendu compte qu'il attribue ses états et ses actes à un principe inconnu qui est le JE.
Je me suis sans cesse demandée quelle était la différence entre le ''je'', le ''moi'' et le ''soi''. Mais apparemment, je n'ai toujours pas les outils nécessaires à l'analyse de ce problème. Je me contenterai donc, pour l'instant, à donner une identité à ce je.
Pour débuter notre analyse, je lancerai la question qui se pose souvent, même étant un bien obscur paradoxe : ''Je'' peut-il être l'autre?
Je ne sais pas si cela se fait sur ce genre de sujet, mais je ne vois nullement une autre solution à ce problème à part le raisonnement par l'absurde.
Supposons donc que ce ''je'' soit vraiment l'autre. Dans ce cas, à chaque fois que je parle en disant ''je'', je ne sentirai point une attraction direct entre ce que je dis et ce que je suis. Or le fait de dire ''je'' est une affirmation de ma différence et de ma distinction de l'autre.
Ainsi, comme l'avait si bien expliqué Descartes, tout acte de pensée et de doute est une preuve que JE suis.
Il est probable que le ''je'' soit toute une suite de répercussions de notre culture, notre société en gros, mais cela ne veut nullement dire que le ''je'' reflète l'autre. 
Donc soyons tous d'accord sur ce point, ''je'' n'est pas l'autre. Dans ce cas qui est ''je'' ?
D'après Kant, selon toute évidence, un ''je pense'' est nécessaire pour que quelque chose soit pensée. Dans le sens où le ''je'' est la condition de la possibilité de toute expérience & l'horizon de toute représentation. Donc sans le ''je'' mon identité éclatera.
J'utilise le ''je'' pour manifester un désir, une opinion ou une volonté, je l'utilise surtout pour poser ce désir et cet avis comme étant formulés par l'individu que je suis.
Seulement, cet ''au-delà'' attribué à mon Moi ne serait il pas qu'une pure illusion de ma conscience? Quelle est donc la nature de ce moi qui s'exprime grâce au ''je'' ?
Je répondrai de façon brève et efficace à cette question. 
À la lecture d'un texte par exemple, chacun peut dire « je lis » et ainsi prendre conscience qu'il lit. 
Par conséquent, le « moi » est avant tout une prise de conscience de son individualité, de son existence même. 
N'empêche, je ne peux avoir une réponse exhaustive à la nature du moi. Ce que je veux dire par là, est que si on réussit à admettre la conscience de soi, on est loin d'affirmer la connaissance de soi. Il est vrai que mon identité s'affirme dans la permanence du je, mais il faut bien accepter le fait qu'une connaissance parfaite et totale du sujet n'est pas envisageable. La question est donc, que signifie pour moi le fait d'être un je ?
Kant donne au "je" le sens de point de départ à partir duquel toute connaissance est possible. La conscience de soi est ce qui rend possible toute connaissance, et dont il ne saurait y avoir en retour de connaissance : "le je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations", c'est-à-dire que chercher à élaborer une connaissance du "je", est ne pas prendre en compte sa réelle signification, par ailleurs l'exactitude de la réponse consistera en une élucidation du sens de la conscience de soi comme étant la condition de possibilité de toute représentation. 
Le "je" que je suis véritablement, qui me donne unité, permanence, unicité, a pour fondement l'acte apriori de mon entendement.
De plus, savoir qui l'on est ne serait pas du tout repos. L' Homme n'en finit pas de se disperser en occupations mondaines et en distractions, s'il se trouve brutalement mis face à ce qu'il est, cela ferait son malheur. 
Le "je" est situé dans sa confrontation métaphysique avec deux infinis qui l'effraient également. S'il doit se dépouiller de tout ce qui le rattache au monde pour savoir qui il est, il risque de se retrouver face à un néant, à une existence remplie de crainte, car elle sera consciente de sa vanité radicale.


Pour savoir "qui", il faut être achevé, or je suis un pour-soi à jamais inachevé. Le "je" est toujours en cours de constitution. Et puisque l'existence précède l'essence, il n'y a pas de réponse définitive. 
Seuls d'autres pourront dire, une fois que je serai morte, non pas qui je suis, mais qui j'aurai été. 
Pourtant, c'est bien en me questionnant que j'ai la possibilité de ne plus être ce que j'ai été, et de me projeter dans un avenir porté par un nouveau désir.  
Inspiré de Kant, Descartes, Sartre et bien d'autres.
R.A