La question est remarquable par sa brièveté, elle est aussi extrêmement ouverte. Elle mêlera plusieurs sujets dont j'ai l'habitude de discuter. Qui parle quand on dit « je » ? On serait pourtant tenté de répondre brièvement « moi » ! Mais ce n’est pas cette évidence dont je m'attend, mais plutôt de creuser la question de l’être du moi.
J'ai toujours songé à l'existence de mon moi, à ce ''je'' utilisé fréquemment, mais dont je ne connais que piètres choses. Mon être s'est finalement rendu compte qu'il attribue ses états et ses actes à un principe inconnu qui est le JE.
Je me suis sans cesse demandée quelle était la différence entre le ''je'', le ''moi'' et le ''soi''. Mais apparemment, je n'ai toujours pas les outils nécessaires à l'analyse de ce problème. Je me contenterai donc, pour l'instant, à donner une identité à ce je.
Pour débuter notre analyse, je lancerai la question qui se pose souvent, même étant un bien obscur paradoxe : ''Je'' peut-il être l'autre?
Je ne sais pas si cela se fait sur ce genre de sujet, mais je ne vois nullement une autre solution à ce problème à part le raisonnement par l'absurde.
Supposons donc que ce ''je'' soit vraiment l'autre. Dans ce cas, à chaque fois que je parle en disant ''je'', je ne sentirai point une attraction direct entre ce que je dis et ce que je suis. Or le fait de dire ''je'' est une affirmation de ma différence et de ma distinction de l'autre.
Ainsi, comme l'avait si bien expliqué Descartes, tout acte de pensée et de doute est une preuve que JE suis.
Il est probable que le ''je'' soit toute une suite de répercussions de notre culture, notre société en gros, mais cela ne veut nullement dire que le ''je'' reflète l'autre.
Donc soyons tous d'accord sur ce point, ''je'' n'est pas l'autre. Dans ce cas qui est ''je'' ?
D'après Kant, selon toute évidence, un ''je pense'' est nécessaire pour que quelque chose soit pensée. Dans le sens où le ''je'' est la condition de la possibilité de toute expérience & l'horizon de toute représentation. Donc sans le ''je'' mon identité éclatera.
J'utilise le ''je'' pour manifester un désir, une opinion ou une volonté, je l'utilise surtout pour poser ce désir et cet avis comme étant formulés par l'individu que je suis.
Seulement, cet ''au-delà'' attribué à mon Moi ne serait il pas qu'une pure illusion de ma conscience? Quelle est donc la nature de ce moi qui s'exprime grâce au ''je'' ?
Je répondrai de façon brève et efficace à cette question.
À la lecture d'un texte par exemple, chacun peut dire « je lis » et ainsi prendre conscience qu'il lit.
Par conséquent, le « moi » est avant tout une prise de conscience de son individualité, de son existence même.
N'empêche, je ne peux avoir une réponse exhaustive à la nature du moi. Ce que je veux dire par là, est que si on réussit à admettre la conscience de soi, on est loin d'affirmer la connaissance de soi. Il est vrai que mon identité s'affirme dans la permanence du je, mais il faut bien accepter le fait qu'une connaissance parfaite et totale du sujet n'est pas envisageable. La question est donc, que signifie pour moi le fait d'être un je ?
Kant donne au "je" le sens de point de départ à partir duquel toute connaissance est possible. La conscience de soi est ce qui rend possible toute connaissance, et dont il ne saurait y avoir en retour de connaissance : "le je pense doit pouvoir accompagner toutes mes représentations", c'est-à-dire que chercher à élaborer une connaissance du "je", est ne pas prendre en compte sa réelle signification, par ailleurs l'exactitude de la réponse consistera en une élucidation du sens de la conscience de soi comme étant la condition de possibilité de toute représentation.
Le "je" que je suis véritablement, qui me donne unité, permanence, unicité, a pour fondement l'acte apriori de mon entendement.
De plus, savoir qui l'on est ne serait pas du tout repos. L' Homme n'en finit pas de se disperser en occupations mondaines et en distractions, s'il se trouve brutalement mis face à ce qu'il est, cela ferait son malheur.
Le "je" est situé dans sa confrontation métaphysique avec deux infinis qui l'effraient également. S'il doit se dépouiller de tout ce qui le rattache au monde pour savoir qui il est, il risque de se retrouver face à un néant, à une existence remplie de crainte, car elle sera consciente de sa vanité radicale.
Pour savoir "
qui", il faut être achevé, or je suis un pour-soi à jamais inachevé. Le "
je" est toujours en cours de constitution. Et puisque l'existence précède l'essence, il n'y a pas de réponse définitive.
Seuls d'autres pourront dire, une fois que je serai morte, non pas qui je suis, mais qui j'aurai été.
Pourtant, c'est bien en me questionnant que j'ai la possibilité de ne plus être ce que j'ai été, et de me projeter dans un avenir porté par un nouveau désir.
Inspiré de Kant, Descartes, Sartre et bien d'autres.
R.A