15 mars 2011

Hallucinations Bachelières.

Il y'a le fardeau de ces livres encore inexplorés. Il y'a cette lourdeur qui me laisse m'éloigner de tout ce que je suis dans l'obligation de faire. 
Je me sens lasse et avachie. Le compte à rebours a débuté des mois auparavant, et au fur à mesure que le temps avance, je me sens encore plus excédée. 
Ma main droite est toute pliée sur mon stylo, toute tachée d'encre, gonflée de froid et de fatigue. 
3h 12, mes yeux me piquent mais impossible que je dorme.
Je me suis sentie dans une concordance parfaite avec tout ce monde, ces pages qui ferment leur espace sur elles, ce bureau prêt à craquer, ces stylos, ces livres de maths, ces lois de mécanique et ces exercices infinis...
Je suis fascinée par mon monde dans toute sa matérialité.
Je me sens si abjecte devant toute cette splendeur. 
J'abandonne.
Je me lève de cette chaise bleue, soulagée de recevoir un temps de repos propre à elle,
Je prends un bouquin, me jette sur mon lit, et commence à lire. 
Mes yeux sont émerveillés par tous ces mots, toutes ces pages sentant le moisi,
Je me livre à la magie des mots, je ferme les yeux et ça devient beau,
C'est un spectacle unique et émouvant, du chant, des danses avec le plus beau des spectres.
Les lois défilent et les mots ornent le lieu,
Je sens du confort sur ce canapé de la pensée, de l'extase et de l'inspiration. 

Une brume épaisse fait fuir les artistes, je me sens soudainement seule face à une scène vide, 
une scène qui pue la haine et la trahison. 
Je ne peux supporter le supplice de la solitude, je ne suis qu'une pauvre dans un monde de grands. 

J'aimerai être l'illusion du vivant, j'aimerai pouvoir souffler des mots et guérir tous les maux.
Mais je ne suis qu'une faible dans un monde de grands. 

Finalement, je me plonge dans mes profonds songes. 
Je vois du sang partout, tous ces calculs morts et enterrés, les lois se noient, et les mots se répandent partout, de la langue française, des histoires fougueuses, ma plume devient source de richesses... 
Et bientôt on dénoncera mon crime abject. Bientôt je serai emprisonnée de tout ce temps perdu. 
Mais rien n'est jamais binaire dans la vie et tout est très compliqué, et il me semble que pour les autres cela a droit de compter. On me scrute, étudie chaque geste et chaque parole pour réussir enfin à me déstabiliser et à m'emprisonner. 
Mais rien n'est jamais binaire dans la vie, ni même moi. 
R.A

"Règle d'or : laisser une image incomplète de soi..." Cioran


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